dimanche 27 août 2017


Une noisette, un livre

 

La fin de la solitude

Benedict Wells


 


Jules, le personnage central de ce nouvel opus de Benedict Wells a un mot pour désigner Alva, l’adolescente puis la femme qui va accompagner son parcours de vie : la délicatesse. Ce même vocable peut s’employer pour résumer « La fin de la solitude ». Comme si l’auteur avait caressé les touches de son clavier avant chaque chapitre pour donner corps à ses personnages tout en sculptant avec une pudeur extrême les tourments d’une enfance brisée.
Après un accident de moto et sortant du coma, Jules voit défiler sa vie, son passé, ses rêves d’enfant anéantis par un drame. Il repense aux jours heureux avec sa famille, ses parents, son frère Marty et sa sœur Liz, l’arbre de la cour avec sa petite cabane. Puis, la fatalité, le destin. Orphelin, il va se retrouver séparé de son frère et sa sœur, ils sont tous les trois différents mais pourtant unis. Il va falloir apprendre une autre façon de vivre et, heureusement, il y a la rencontre avec Alva, aussi énigmatique qu’elle est belle. De l’enfance, on passe à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Avec ses sursauts, ses creux, ses vides… comme des vagues plus ou moins violentes sur les blessures qui ne cicatrisent pas, que l’on veut cacher, que l’on voudrait oublier mais qui reviennent, inlassablement. Surtout quand une nouvelle blessure vient se poser juste à côté de la précédente. Alors, on essaie comme on peut de vaincre ses craintes, ses doutes, ses cauchemars, chacun à sa façon, parfois avec sagesse, parfois avec folie. Jusqu’à s’enivrer et plus encore avec la drogue qui tournicote autour de vous.

Chacun des enfants va évoluer différemment mais un trio restera dans leur tête : la nostalgie, l’amitié, l’amour. Mais l’ennemi invisible est là, il tourne, apparait, disparait, nargue, tente de vous diminuer, ressurgit. Cet ennemi invisible c’est la douleur à jamais de la catastrophe soudaine de l’enfance, assez fertile pour se reproduire. Malgré tout, la résistance est là. Parce que la vie continue…
Ecriture brillante et élégante, et surtout, cette délicatesse pour exprimer beaucoup tout en glissant un voile quand les sentiments ou les faits vont se dénuder complètement. Pour narrer cette fiction avec autant de subtilités, on se demande si le jeune auteur n’est pas troublé avec son passé. Ce qui est certain, c’est que le légendaire romantisme allemand est bien vivant : le sombre de la nature et de sa beauté, les méditations sur la mort, le sentiment de culpabilité, les tourments de l’amour, l’inconscient et la poésie.

Malgré l'immense tristesse qui se dégage de certaines pages, c’est l’esthétique des sentiments qui l’emporte, comme si le parfum d’une rose arrivait à soulever les épines incrustées dans la peau.
La fin de la solitude – Benedict Wells – Traduction Juliette Aubert – Editions Slatkine & Cie – Août 2017

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