dimanche 12 mars 2017


Une noisette, un livre


Par amour

Valérie Tong Cuong

 


Deux familles, deux destins. Au milieu, la tragédie d’une guerre, dévastatrice, broyeuse de vies. Seule la puissance d’une force peut aider à lutter contre l’insoutenable, cette force se nomme amour. L’amour sous toutes ses formes et pour lequel on résiste, pour ceux que l’on aime plus que tout.

Valérie Tong Cuong signe un nouveau roman absolument magistral, en portant une fiction au cœur de la réalité tragique de la 2° guerre mondiale et d’une ville anéantie en 1945 : Le Havre.
Emilie et Joffre. Muguette et Louis. Les deux sœurs ont chacune un garçon et une fille. Jean et Lucie. Joseph et Marline. Et un chat, Mouke, qui lui aussi a indirectement sa place dans l’histoire. Ils racontent tour à tour les événements, leurs craintes, leurs espérances, leurs douleurs, leurs secrets... Sauf Louis ne participe pas à la narration. Il est loin, prisonnier des allemands mais peut-être aussi prisonnier de son âme...
Une saga qui ne se lit pas comme une autre. On la vit. A chaque page, à chaque phrase.

Comment ne pas penser à ce conflit de 39-45, à cette guerre idéologique où l’on menait à la mort ceux qui ne croyaient pas, ne pensaient pas, n’obéissaient pas à un dictateur et à ses acolytes. Des années belliqueuses, douloureuses forcément, irréversibles pour certains, récupérables pour d’autres, mais des années qui s’inscrivent dans une mémoire à la fois individuelle et collective. "Par amour" relate cette occupation allemande dans une ville de province avec les bombardements ennemis et alliés, les restrictions, les délations, les maladies, la famine. Mais il fait revivre également la lutte, la résistance, toujours cachée dans l’ombre pour que chaque individu retrouve la lumière de la délivrance et de la liberté. Un portrait de deux familles où les cœurs palpitent les uns pour les autres en surpassant la ruine de l’inhumanité rampante.
Comment ne pas penser aux récits évoqués par ses parents, ses grands-parents, eux qui ont connu l’évacuation, les bombardements avec parfois des blessures visibles jusqu’à la fin de leurs jours. Mais pour eux aussi, l’amour était plus fort que tout.
Comment ne pas penser que depuis 1945 les ravages des guerres iniques continuent à brandir la grande faucheuse pour des idéologies insanes où la compassion s’évapore des âmes plus que sombres.

Poignantes sont les descriptions, bouleversants sont les messages d’amour (amour filial, amour conjugal,...), sublime est la poésie qui ressort au milieu du néant, émouvante est la pudeur des sentiments enveloppée par une plume empathique.
On referme ce livre avec un double coup porté à l’esprit : celui de la consternation, une fois encore, de ce que peut provoquer l’humain mais aussi celui, magnifique, de l’amour et du courage qui peuvent tenir en vie toute personne dont le cœur altruiste bat intensément.

"Après avoir pleuré des mois sur la disparition de son amie, Muguette avait séché ses larmes. Elle répétait que, lorsque l’on a vu la mort vous cueillir dans ses bras, puis renoncer et finalement en cueillir une autre, sa chère Véra, peu importait que le savon soit à la soude caustique et la mayonnaise sans huile et sans œufs, peu importait le froid ou la pluie, il fallait apprendre à aimer, vivre et vivre pour aimer".

Par amour – Valérie Tong Cuong – Editions J.C. Lattès – Janvier 2017

4 commentaires:

Virginie Vertigo a dit…

Un très beau billet pour un grand roman.

Squirelito L'Ecureuil a dit…

Merci beaucoup Virginie Vertigo mais la beauté est en premier lieu dans ce roman de Valérie Tong Cuong, absolument magnifique, magnifiquement absolu.

Christiane Mirabaud a dit…

Je vais le lire. En plus ça se passe au Havre, j'adore Le Havre

Squirelito L'Ecureuil a dit…

Sans aucun doute, cette histoire va vous captiver et n'hésitez pas en discuter sur les RS. je ne l'ai pas mentionné mais il y a un détour en Algérie, ce qui ajoute encore de la plus-value au roman. Bonne lecture :)